Ce qu'il faut retenir
- Le syndic tient une comptabilité claire, précise et détaillée selon le plan comptable minimum (AR du 12 juillet 2012) et présente chaque année les comptes à l’AG.
- Approbation des comptes et décharge du syndic sont deux décisions distinctes : on peut approuver les chiffres et refuser la décharge.
- Une créance de charges se prouve : décisions d’AG, comptes approuvés, clés de répartition, décompte individuel conforme.
- Le juge ne vérifie pas la comptabilité d’office : il statue sur les pièces produites. Demandez expressément la production des pièces ou une expertise comptable.
- Contestez vite : une décision d’AG qui approuve des comptes devient définitive après 4 mois.
Pressé ? Lisez d'abord le guide court : Comptes, décomptes et comptabilité : comprendre, vérifier, contester (3 min).
Ce que le syndic doit à la copropriété
Quelles que soient les compétences que lui donne le règlement, le syndic doit tenir les comptes de l’association de manière claire, précise et détaillée, selon le plan comptable minimum normalisé fixé par l’arrêté royal du 12 juillet 2012. Il présente chaque année à l’AG :
- les comptes annuels : recettes et dépenses, situation de trésorerie, fonds de roulement et fonds de réserve, créances et dettes des copropriétaires, bilan ;
- les décomptes individuels de chaque lot ;
- le budget prévisionnel de l’exercice suivant ;
- le rapport d’évaluation des contrats de fournitures régulières.
Les petites copropriétés (moins de 20 lots, hors caves, garages et parkings) peuvent tenir une comptabilité simplifiée, qui doit au minimum faire apparaître les recettes et dépenses, la trésorerie, les mouvements des disponibilités, les fonds et les créances et dettes des copropriétaires.
Lire son décompte en cinq questions
- La période est-elle la bonne ? Un décompte couvre un exercice ou un trimestre précis ; les dépenses d’une autre période ne doivent pas s’y glisser.
- Chaque dépense est-elle justifiée ? Facture, contrat, décision d’AG pour les dépenses non courantes.
- La bonne clé de répartition est-elle appliquée ? Quotes-parts générales, clés spéciales (ascenseur, chauffage, eau), compteurs individuels.
- Les provisions versées sont-elles toutes déduites ?
- Les fonds sont-ils distingués ? Ce qui va au fonds de réserve ne doit pas servir aux dépenses courantes, et inversement.
Immeuble de 20 lots, contrat d’ascenseur de 3 600 € par an. Les statuts prévoient que les lots du rez-de-chaussée (2 lots, 90/1 000 quotes-parts) ne participent pas aux frais d’ascenseur. Le syndic répartit pourtant en quotes-parts générales : chacun des deux lots paie 162 € de trop par an. Sur cinq ans, 810 € par lot. Une simple comparaison entre le décompte et l’article des statuts sur les charges l’aurait révélé.
Les erreurs et abus les plus fréquents
- Suppléments non prévus au contrat ou non votés par l’AG (heures « hors forfait », prestations administratives).
- Honoraires sur travaux non décidés.
- Indexation mal appliquée des honoraires ou des contrats.
- Dépenses courantes payées par le fonds de réserve, qui masquent l’insuffisance du budget.
- Travaux sans mise en concurrence alors que l’AG a fixé un seuil.
- Frais privatifs (sinistre dans un lot, dossier de vente) imputés à tous.
- Commissions de fournisseurs non déclarées : une pratique combattue depuis des années mais qui n’a pas disparu, comme l’a reconnu un ancien président de l’IPI.
Approbation des comptes et décharge : deux votes distincts
- Approuver les comptes, c’est reconnaître que les chiffres présentés reflètent la réalité des recettes et des dépenses. L’approbation donne aux comptes leur valeur probante : elle rend la créance de charges certaine et exigible.
- Donner décharge au syndic, c’est renoncer à rechercher sa responsabilité pour la gestion de l’exercice, dans la mesure de ce que l’AG savait.
Ces deux décisions doivent faire l’objet de votes séparés. On peut approuver les comptes et refuser la décharge, par exemple si un sinistre a été mal géré. Un ordre du jour qui les regroupe en un seul point (« approbation des comptes et décharge au syndic ») est une mauvaise pratique ; demandez la scission en séance et faites-la acter.
Si les comptes ne sont ni joints à la convocation ni consultables avant l’AG, ne votez pas leur approbation. Votez contre, faites acter le motif, et rappelez que le commissaire aux comptes doit avoir pu les vérifier sur pièces.
La preuve d’une créance de charges
En justice, c’est à l’ACP, représentée par son syndic, de prouver la créance qu’elle réclame. La doctrine rappelle que les documents établis par le syndic seul, sans approbation des comptes par l’AG, n’ont pas en eux-mêmes une valeur probante suffisante ; c’est l’approbation des comptes qui confère un caractère certain à la créance de charges.
Concrètement, une demande de recouvrement solide comporte :
- les statuts (clés de répartition) ;
- les PV d’AG qui approuvent les comptes, le budget, les appels de fonds ;
- les décomptes individuels cohérents avec ces décisions ;
- le relevé des paiements et des provisions ;
- les rappels envoyés.
Pour le copropriétaire qui conteste, la stratégie est symétrique : identifier précisément les postes contestés et montrer qu’ils ne reposent sur aucune décision, aucune pièce ou une mauvaise clé.
Devant le juge : ce qu’il vérifie, et ce qu’il ne vérifie pas
Le juge de paix peut vérifier si un décompte individuel est conforme aux décisions adoptées. Mais il statue sur les pièces que les parties lui soumettent. Il ne va pas, de lui-même, réclamer les factures ou reconstituer la comptabilité. Le greffe ne conserve d’ailleurs que les pièces inventoriées et déposées par les parties pendant la procédure.
Conséquences pratiques :
- Listez les postes contestés, montant par montant, avec le motif.
- Demandez au juge, dans vos conclusions, d’ordonner la production des factures, contrats, extraits bancaires et PV qui justifient ces postes (art. 877 C. jud.).
- Si la comptabilité est désordonnée, demandez une expertise comptable judiciaire, en précisant la mission (période, postes, questions).
- Vérifiez que le jugement statue sur chacune de ces demandes ; à défaut, l’appel est possible dans le mois de la signification.
Les faits. Dans une copropriété d’une vingtaine de lots, le PV d’une AG mentionne lui-même que la comptabilité présentée est « fictive » : les comptes de l’exercice ne figurent ni dans la convocation ni en annexe du PV, les décomptes trimestriels prévus par l’acte de base n’ont jamais été établis, la commissaire aux comptes émet des réserves sur la confusion entre fonds de roulement et fonds de réserve. Les comptes sont pourtant « approuvés », avec décharge, en un seul vote.
En justice, le copropriétaire conteste ces décisions. Les pièces comptables ne sont jamais déposées au dossier ; le jugement valide les comptes. Lorsque le copropriétaire demande ensuite à consulter au greffe les pièces sur lesquelles le juge s’est fondé, il lui est répondu que le greffe ne détient que les pièces inventoriées par les parties et qu’il n’appartient pas au juge d’exercer un contrôle général de la gestion.
Les leçons : - Le juge ne contrôle pas la comptabilité à votre place : il faut lui demander formellement d’ordonner la production des pièces ou une expertise. - Une mention aussi grave qu’une « comptabilité fictive » au PV doit être mise en avant dès la citation, avec la demande de production. - Approbation et décharge votées ensemble : demander l’annulation des deux et invoquer leur distinction.
Le commissaire aux comptes : votre meilleur allié
Le commissaire aux comptes, désigné chaque année par l’AG, contrôle la comptabilité et fait rapport à l’AG. Pour que ce contrôle soit utile :
- choisissez quelqu’un de compétent en comptabilité et indépendant du syndic ; un professionnel peut se justifier dans les grandes copropriétés ;
- fixez sa mission dans le ROI : vérification sur pièces, rapprochement bancaire, contrôle des dépenses par rapport aux décisions d’AG, rapport écrit joint à la convocation ;
- donnez-lui un accès complet aux pièces, idéalement en ligne.
Voir le guide Commissaire aux comptes.
La marche à suivre
- Analyser le décompte et les comptes avec la check-list ci-dessus.
- Demander les justificatifs par écrit (voir le dossier Accès aux documents).
- Saisir le commissaire aux comptes des postes douteux.
- En AG : voter contre l’approbation des comptes si nécessaire, refuser la décharge, exiger des votes séparés, demander une régularisation.
- Conciliation gratuite devant le juge de paix.
- Action en justice dans les 4 mois de l’AG pour annuler l’approbation irrégulière ; ou défense motivée si l’ACP vous réclame des charges, avec demande de production des pièces.
Objet : Contestation du décompte de charges de l'exercice [année] — lot [n°] Madame, Monsieur le Syndic, Après examen du décompte reçu le [date], je conteste les postes suivants : 1. [Poste / montant] : aucune décision d'AG ni disposition du contrat de syndic ne prévoit cette dépense. Je vous remercie de me communiquer la décision et la facture correspondantes. 2. [Poste / montant] : la clé de répartition appliquée (quotes-parts générales) ne correspond pas à l'article [n°] des statuts, qui exclut les lots [..] de cette charge. 3. [Poste / montant] : imputation au fonds de réserve d'une dépense d'entretien courant. Je règle ce jour la partie non contestée, soit [montant] €, et vous demande de rectifier le décompte ou de me communiquer les justificatifs dans les quinze jours. Copie de la présente est adressée au commissaire aux comptes et au président du conseil de copropriété. [Nom, signature]
Questions fréquentes
Puis-je refuser de payer un décompte que je conteste ?
C’est risqué : des intérêts et frais de recouvrement peuvent s’ajouter, et la contestation d’une décision d’AG devenue définitive n’est plus possible. Payez la partie non contestée, contestez le reste par écrit et motivé, et faites trancher rapidement.
Le syndic peut-il facturer des frais de rappel ?
Seulement si une base existe (ROI, décision d’AG, contrat) et dans le respect des règles sur le recouvrement amiable des dettes du consommateur, qui encadrent strictement les frais et les délais.
Les comptes n'ont pas été approuvés depuis deux ans. Dois-je payer ?
Vous restez tenu de contribuer aux charges, mais la créance réclamée est plus difficile à établir en l’absence de comptes approuvés. Demandez au syndic de présenter les comptes à une AG ; c’est son obligation.
Comment savoir si un fournisseur a un lien avec le syndic ?
Consultez la Banque-Carrefour des Entreprises (administrateurs, adresses), comparez les adresses et demandez une déclaration écrite d’absence de liens et de commissions.
Références
- Code civil, Livre 3, art. 3.86 (fonds de roulement et de réserve), 3.89 (tenue de la comptabilité, présentation annuelle des comptes), 3.91 (commissaire aux comptes), 3.92 (annulation dans les 4 mois), 3.94 (informations lors de la vente)
- Arrêté royal du 12 juillet 2012 fixant un schéma minimal de comptabilité pour les associations de copropriétaires
- C. Mostin, « L'absence d'approbation des comptes, à défaut d'avoir pu organiser une assemblée générale en raison de la crise sanitaire, empêche-t-elle le recouvrement judiciaire des charges de copropriété ? », Federia, 21 mars 2022
- M. Wahl, Le droit de la copropriété, Wolters Kluwer, 2019, p. 209 : le juge peut vérifier si le décompte individuel est conforme aux décisions adoptées
- ARC, Les abus des syndics en copropriété : les prévenir, les guérir, Vuibert, 2018, p. 102 (France) : le quitus ne peut être amalgamé avec l’approbation des comptes
- Code judiciaire, art. 877 (production forcée d’un document détenu par une partie) et art. 962 et s. (expertise)
- Loi du 20 décembre 2002 relative au recouvrement amiable des dettes du consommateur, intégrée au Code de droit économique (Livre XIX depuis 2024)
- RTBF, « La fin des commissions occultes des syndics de copropriété ? » ; SNPC, « Les charges “surprises” de copropriété lors de l’achat d’un appartement »
Ce dossier présente le droit belge de la copropriété (Code civil, Livre 3, art. 3.78 à 3.100) de manière pédagogique. Les décisions de justice citées illustrent des tendances et ne préjugent pas de l'issue d'un litige précis. Pour votre situation, consultez un professionnel.
