Ce qu'il faut retenir
- Aucun contrat ne lie le locataire à l’ACP, mais les statuts lui sont directement opposables (art. 3.93), même s’il ne les a jamais lus.
- Le ROI et les décisions d’AG ne lui sont opposables que si le bailleur l’en informe : à la signature du bail, puis dans les 30 jours de la réception de chaque PV, par recommandé.
- Le locataire est informé de la date des AG et peut transmettre par écrit ses questions sur les parties communes, que le syndic communique à l’AG.
- Il peut demander l’annulation d’une décision qui lui cause un préjudice propre : 2 mois après la notification par le bailleur, au plus tard 4 mois après l’AG.
- Les charges de copropriété sont dues à l’ACP par le propriétaire. Le locataire n’en paie une partie que si le bail le prévoit expressément.
Pressé ? Lisez d'abord le guide court : Locataire en copropriété : droits, obligations et place dans la vie de l'immeuble (3 min).
Un tiers à l’association, mais pas un étranger
Le bail lie le propriétaire et le locataire. Il n’existe aucun contrat entre le locataire et l’association des copropriétaires (ACP) ou le syndic. Pourtant, le locataire vit dans l’immeuble, utilise les parties communes, subit les décisions de l’AG et contribue souvent aux charges.
Le Code civil règle cette situation à l’article 3.93 : il organise ce qui s’impose au locataire, ce qu’il doit savoir et les recours dont il dispose. Ces règles valent quel que soit le type de bail : résidence principale, étudiant, commercial, bail de droit commun.
Ce qui s’impose au locataire
Les statuts : toujours
L’acte de base et le règlement de copropriété forment les statuts. Ils sont établis par acte notarié et transcrits au bureau de la Documentation patrimoniale, ce qui les rend opposables aux tiers. Le locataire est donc tenu de les respecter, même s’il ne les a pas lus et même si le bail n’y fait pas référence.
Le ROI et les décisions d’AG : si le bailleur a fait son travail
Le règlement d’ordre intérieur et le registre des décisions ne sont pas publiés. La loi prévoit donc un mécanisme d’information :
- À la signature du bail, le bailleur informe le locataire de l’existence du ROI et du registre des décisions. Le locataire peut aussi en demander communication au syndic.
- Après chaque AG, le bailleur notifie au locataire, par recommandé, les décisions qui peuvent le concerner, dans les 30 jours de la réception du procès-verbal.
Si le bailleur ne le fait pas, il est seul responsable des dommages qui en résultent, envers l’ACP, les autres copropriétaires ou le locataire lui-même.
L’AG interdit désormais de stocker des objets dans le local poubelles et décide que les enlèvements seront facturés au lot concerné. Le bailleur ne transmet pas la décision. Son locataire continue ; l’ACP facture 180 € d’enlèvements au propriétaire. Celui-ci aura du mal à les répercuter sur un locataire jamais informé : c’est le bailleur qui supporte la conséquence de son silence.
Les limites : la proportionnalité
Les restrictions imposées par les statuts ou le ROI ne peuvent pas porter une atteinte disproportionnée au droit d’usage du locataire ni à son droit au respect de la vie privée et familiale. Plusieurs juges de paix ont ainsi écarté une interdiction absolue d’animaux à l’égard d’un locataire dont l’animal ne causait aucune nuisance.
À l’inverse, une affectation clairement fixée par les statuts (résidentiel ou commercial) reste en principe opposable : le locataire ne peut pas exploiter un commerce dans un lot réservé à l’habitation.
Les droits du locataire
Être informé
Le syndic doit communiquer la date des assemblées générales aux occupants qui n’ont pas le droit de vote, en pratique par affichage dans les parties communes. C’est une obligation légale, dont le non-respect a déjà été invoqué à l’appui d’une demande d’annulation.
S’exprimer par écrit
Le locataire peut adresser par écrit au syndic ses demandes ou observations relatives aux parties communes. Le syndic doit les communiquer à l’AG.
Nuance importante : le locataire ne peut pas exiger l’inscription d’un point à l’ordre du jour. Communiquer une observation à l’AG n’oblige pas l’AG à délibérer et voter. Pour obtenir un vote, il faut passer par le bailleur, qui peut demander l’inscription du point.
Objet : Observations relatives aux parties communes — AG du [date] Madame, Monsieur le Syndic, Occupant(e) de l'appartement [n°] en qualité de locataire de [nom du propriétaire], je vous adresse, conformément au Code civil, les observations suivantes relatives aux parties communes, en vous priant de les communiquer à l'assemblée générale du [date] : 1. [ex. : l'éclairage de secours de la cage d'escalier B ne fonctionne plus depuis le …] ; 2. [ex. : la porte coupe-feu du 2e étage ne se referme pas seule] ; 3. [ex. : des infiltrations apparaissent au plafond du garage, photos jointes]. Je reste disponible pour donner accès ou toute précision utile. [Nom, coordonnées, date, signature] Copie : [propriétaire bailleur]
Agir en justice
Le locataire peut demander au juge de paix d’annuler ou de réformer une disposition du ROI ou une décision de l’AG adoptée après la naissance de son droit, si elle est irrégulière, frauduleuse ou abusive et qu’elle lui cause un préjudice propre.
- Délai : 2 mois à compter de la notification par le bailleur, et au plus tard 4 mois après la date de l’AG. Si le bailleur n’a rien notifié, l’action devient irrecevable une fois les 4 mois écoulés.
- Bénéficiaires : la jurisprudence interprète la notion d’occupant largement, y compris une société qui a son siège dans l’immeuble.
Les obligations du locataire
Utiliser les lieux en bon père de famille, parties communes comprises
L’obligation d’user du bien avec prudence et diligence s’étend aux parties communes. Le locataire qui dégrade l’ascenseur ou encombre les couloirs engage sa responsabilité envers son bailleur.
Respecter les statuts, le ROI et les voisins
L’ACP peut agir directement contre un locataire qui viole les statuts ou le ROI : cessation de l’infraction, réparation du dommage et, selon certaines décisions, jusqu’à l’expulsion ou la résiliation du bail. Les règles sur les troubles de voisinage s’appliquent pleinement, et le bailleur peut être tenu pour responsable des nuisances de son locataire.
Les faits. Un locataire organise des fêtes tardives répétées et encombre le local vélos avec des objets personnels. Rappels du syndic sans effet ; le propriétaire vit à l’étranger et ne répond pas.
Ce qui est possible. Le syndic met en demeure le locataire (au titre du ROI) et le propriétaire (responsable envers l’ACP). Faute de réaction, l’AG mandate le syndic pour saisir le juge de paix d’une demande de cessation sous astreinte, dirigée contre le locataire et le bailleur. Les voisins directement gênés peuvent aussi agir sur la base des troubles de voisinage.
La leçon. Documenter : dates, heures, témoignages, photos, constat d’huissier si nécessaire. Et vérifier que le ROI a bien été transmis au locataire : sinon, c’est surtout contre le bailleur que l’action portera.
Les charges : qui paie quoi ?
| Relation | Règle |
|---|---|
| ACP → propriétaire | Le copropriétaire est seul débiteur des charges envers l’ACP (art. 3.81). |
| Propriétaire → locataire | Le locataire ne paie des charges que si le bail le prévoit expressément. À défaut, elles sont réputées comprises dans le loyer. |
| ACP → locataire | Recouvrement direct seulement en cas de délégation tripartite acceptée par le locataire ; le propriétaire reste tenu. |
En pratique, le bail prévoit soit une provision avec décompte annuel, soit un forfait. Avec une provision, le locataire a droit à un décompte justifié. Les charges qui correspondent à l’usage (chauffage, eau, entretien courant, nettoyage, ascenseur) sont en général récupérables ; les gros travaux, la constitution du fonds de réserve et les honoraires de gestion patrimoniale restent en principe à charge du propriétaire. Les règles régionales sur le bail de résidence principale et les conventions entre les parties précisent cette répartition.
Provision payée : 12 × 120 € = 1 440 €. Charges réelles récupérables imputées au lot (chauffage 760 €, eau 210 €, nettoyage 180 €, ascenseur 140 €, électricité des communs 95 €) = 1 385 €. Le bailleur rembourse 55 €. La contribution au fonds de réserve (300 €) et la réfection de la toiture (2 100 €), qui figurent sur le décompte du propriétaire, ne sont pas répercutées.
Une place à construire
Les locataires constituent souvent la majorité des habitants. Ils connaissent l’immeuble au quotidien : la porte qui ne se ferme plus, l’éclairage défaillant, l’infiltration naissante. Les tenir à l’écart prive la copropriété d’informations précieuses, notamment en matière de sécurité.
Sans changer la loi, chaque copropriété peut déjà :
- afficher clairement la date des AG et les coordonnées du syndic ;
- prévoir dans le ROI un canal de signalement simple (formulaire, adresse électronique) avec un délai de réponse ;
- inviter les occupants à une partie de l’AG consacrée à la vie de l’immeuble ;
- publier un résumé des décisions qui concernent tous les occupants (règles de vie, travaux, sécurité) ;
- rendre accessibles les consignes de sécurité et les dates des contrôles techniques.
Copropriété Belgique plaide pour aller plus loin : transmission systématique des convocations et documents utiles aux locataires, statut consultatif en AG pour les occupants de longue durée, rapport annuel de sécurité accessible à tous et médiation préalable gratuite. Une copropriété mieux informée est une copropriété plus sûre.
Questions fréquentes
Mon bailleur ne m'a jamais transmis le règlement d'ordre intérieur. Dois-je le respecter ?
Vous devez respecter les statuts (acte de base et règlement de copropriété), opposables à tous. Pour le ROI, s’il ne vous a pas été communiqué, son opposabilité est discutable ; mais en cas de dommage, c’est votre bailleur qui en répond envers l’ACP. Demandez-le au syndic : la loi vous y autorise.
Le règlement interdit les animaux. Puis-je garder mon chat ?
Une interdiction générale peut être jugée disproportionnée au regard du droit au respect de la vie privée et familiale. Plusieurs juges de paix ont admis un animal discret qui ne cause aucune nuisance. Ce n’est pas automatique : tout dépend des circonstances.
Le syndic peut-il me réclamer directement les charges ?
Seulement si une délégation tripartite a été convenue (statuts ou convention, avec votre accord). Même dans ce cas, le propriétaire reste tenu envers l’ACP.
Puis-je assister à l'assemblée générale ?
Vous n’avez pas de droit légal d’y assister. L’AG peut vous inviter, et votre bailleur peut vous donner procuration pour le représenter s’il le souhaite.
La location courte durée (Airbnb) est-elle concernée ?
Les règles d’opposabilité s’appliquent à tout occupant. Les statuts peuvent par ailleurs limiter ou encadrer la location de courte durée, et les règles régionales et communales imposent souvent un enregistrement. C’est un sujet à part entière.
Références
- Code civil, Livre 3, art. 3.81 (charges dues par le copropriétaire), 3.89 (missions du syndic, information des occupants), 3.93 (opposabilité et recours des occupants)
- L. Van Gijsel (Nelissen Grade), « Les droits et obligations du locataire en droit de la copropriété », Syndic Channel, mai-juin
- J.P. Fléron, 31 mars 2015, T. Vred., 2015, 591 : restrictions statutaires à l’usage d’un lot ; responsabilité du bailleur qui n’a pas informé son locataire
- J.P. Louvain, 6 octobre 2015, Huur, 2016, 36, note R. Timmermans ; J.P. Bruges, 14 avril 2015, Huur, 2016, 30 : interdiction d’animaux et atteinte disproportionnée à la vie privée
- J.P. Woluwe-Saint-Pierre, 16 mars 2016, T. App., 2019/2, 23, note V. Defraiteur : limites des restrictions du ROI à l’égard de l’occupant
- J.P. Genk, 2 juin 2015, Huur, 2016, 44 : recours ouvert aux occupants au sens large, y compris une société établie dans l’immeuble
- J.P. Kontich, 30 mars 2021, Huur, 2021, 137 ; J.P. Bruges, 23 avril 2021 ; J.P. Mons, 5 octobre 2020, T. Vred., 2021, 438 : actions de l’ACP contre un locataire qui viole les statuts
- J.P. Alost, 2 juin 2015, R.W., 2016-17, 355 : sans clause expresse, les charges sont réputées comprises dans le loyer
- Civ. Bruxelles, 11 décembre 2020, J.L.M.B., 2021, 1298 : responsabilité du bailleur pour les troubles de voisinage causés par son locataire
Ce dossier présente le droit belge de la copropriété (Code civil, Livre 3, art. 3.78 à 3.100) de manière pédagogique. Les décisions de justice citées illustrent des tendances et ne préjugent pas de l'issue d'un litige précis. Pour votre situation, consultez un professionnel.
