Dossier completConflits & recours

L'avocat de la copropriété : le dossier complet

Représenter n'est pas décider. Le syndic représente l'association en justice, mais le choix d'agir et le choix de l'avocat appartiennent, sauf exceptions, à l'assemblée générale. Ce dossier explique pourquoi c'est important et comment faire en pratique.

Mis à jour le 15/10/2026Lecture : 7 minPar la rédaction

Ce qu'il faut retenir

  • Le syndic représente l’ACP en justice, mais la décision d’agir et le choix de l’avocat relèvent de l’assemblée générale.
  • Exceptions : recouvrement des charges et demandes urgentes ou conservatoires sur les parties communes, à faire ratifier par l’AG dans les plus brefs délais.
  • L’urgence ne peut pas naître de la négligence du syndic lui-même ; en cas d’urgence, il doit d’abord envisager une AG extraordinaire.
  • Un avocat qui reçoit régulièrement des dossiers d’un syndic est mal placé pour agir contre ce syndic : le risque de conflit d’intérêts doit être examiné dès la désignation.
  • Comparez deux ou trois offres écrites : expérience, stratégie, convention d’honoraires, estimation des coûts, indépendance.

Représenter n’est pas décider

Le Code civil charge le syndic de représenter l’association des copropriétaires en justice, en demandant comme en défendant. Ce pouvoir de représentation est large : face aux tiers, le syndic n’a pas à produire de procuration.

Mais la représentation ne vaut pas pouvoir de décision. L’ACP est une personne morale dont l’organe souverain est l’assemblée générale. Engager un procès, c’est engager des fonds communs, un risque de condamnation aux dépens et parfois des années de procédure : c’est une décision de l’AG. Le tribunal de Mons l’a rappelé en 2017 à propos d’une action contre un ancien syndic : la décision de l’introduire relevait de l’AG, non du syndic.

Le choix de l’avocat suit la même logique. C’est l’avocat de l’association, payé par elle, qui doit défendre ses intérêts. Il est naturel que ce soient les copropriétaires qui le choisissent.

Les exceptions : quand le syndic peut agir seul

Situation Initiative du syndic Condition
Recouvrement des charges impayées Oui Fait partie de l’administration des fonds ; l’AG peut fixer une procédure de rappel.
Demande urgente ou conservatoire sur les parties communes (référé, expertise pour préserver une preuve, mesure pour arrêter un dommage) Oui Ratification par l’AG dans les plus brefs délais.
Action au fond contre un entrepreneur, un architecte, un promoteur, un ancien syndic, un voisin Non Décision préalable de l’AG.
Intervention dans un litige privé entre un copropriétaire et son locataire Non Aucune base, sauf intérêt propre de l’ACP et décision d’AG.
L'urgence ne se fabrique pas

L’exception d’urgence s’interprète strictement. Une urgence créée par la propre négligence du syndic (délai de prescription laissé filer, sinistre non déclaré à temps) ne l’autorise pas à contourner l’AG. Et même en cas d’urgence réelle, la convocation d’une AG extraordinaire reste la voie normale : le syndic doit la convoquer chaque fois qu’une décision urgente s’impose dans l’intérêt de la copropriété.

La ratification

Lorsque le syndic a agi seul dans les cas admis, il doit faire ratifier son initiative par l’AG dans les plus brefs délais. La doctrine admet que cette ratification intervienne avant la clôture des débats ; certaines juridictions restent hésitantes, d’où l’intérêt de ne pas attendre.

Le syndic doit en outre informer sans délai les copropriétaires des actions intentées par ou contre l’association.

Exemple chiffréLa stratégie en deux temps

Infiltrations importantes par une toiture récente. L’entrepreneur propose de « réparer vite », ce qui ferait disparaître la preuve des malfaçons. Le syndic introduit en référé une demande d’expertise judiciaire (mesure conservatoire), puis convoque une AG extraordinaire sous trois semaines : elle ratifie l’expertise, choisit l’avocat parmi trois offres et fixe un budget de 6 000 € pour la première phase. L’action au fond sera décidée à la lumière du rapport d’expertise.

Le conflit d’intérêts : le vrai sujet

Un risque structurel, pas forcément une malhonnêteté

Un avocat qui reçoit chaque année de nombreux dossiers d’un même syndic, via les copropriétés que celui-ci gère, développe une dépendance économique, même sans intention malveillante. Tant que l’ACP et le syndic sont du même côté, cela pose peu de problèmes. Le jour où l’ACP doit agir contre son syndic ou un ancien syndic (faute de gestion, révocation, restitution de fonds, défaut d’entretien), la loyauté de cet avocat est mise à l’épreuve.

Le Syndicat national des propriétaires et copropriétaires (SNPC) rapporte ainsi le cas d’un avocat de copropriété qui a mis plusieurs semaines à se déporter alors que l’ACP devait appeler en garantie son ancien syndic, pourvoyeur de nombreux dossiers.

Les signaux d’alerte

  • aucun point « désignation d’un avocat » à l’ordre du jour, aucune décision d’AG ;
  • le même cabinet dans toutes les copropriétés du syndic ;
  • l’avocat de la copropriété est aussi l’avocat personnel du syndic, ou d’un ancien syndic dont la gestion est en cause ;
  • refus de communiquer la convention d’honoraires et les factures de l’avocat ;
  • honoraires d’avocat du syndic (par exemple pour sa défense disciplinaire à l’IPI) imputés à l’ACP ;
  • provisions et appels de fonds disproportionnés par rapport à l’enjeu.
Cas pratiqueSept copropriétaires, un toit plat et quarante courriers

Les faits (rapportés par le SNPC). Dans une petite copropriété de sept propriétaires, tous joignables par courriel, le locataire d’un appartement place des bacs à fleurs sur un toit plat devant ses fenêtres. Le propriétaire et son locataire entrent en litige. Sans urgence et sans consulter personne, le syndic mandate l’avocat qu’il désigne habituellement pour faire intervenir l’ACP dans ce procès privé. Quarante courriers et une provision de 800 € plus tard, il annonce un appel de fonds de plusieurs milliers d’euros pour la suite.

À l’AG, les copropriétaires arrêtent la procédure. Le syndic soutient que le choix de l’avocat relève de ses prérogatives.

Ce qu’il fallait retenir : il n’y avait ni urgence, ni intérêt propre évident de l’ACP, ni décision d’AG. Les copropriétaires pouvaient refuser de ratifier le choix de l’avocat et les frais engagés, et demander au syndic d’en supporter les conséquences.

L’avocat commun à l’ACP et à des copropriétaires

Pour réduire les frais, il arrive que l’ACP et des copropriétaires dont l’appartement est endommagé choisissent le même avocat contre un promoteur, un entrepreneur ou un architecte. Le risque apparaît si ces débiteurs font faillite : les copropriétaires lésés n’ont plus qu’un recours, contre l’ACP, en sa qualité de gardienne des parties communes (la Cour de cassation a jugé en 2015 qu’elle le reste même pour une toiture-terrasse à usage privatif). Or l’avocat commun ne peut pas agir contre l’ACP qui l’a mandaté.

La solution : informer clairement l’AG et les copropriétaires concernés de cette limite dès le départ, et prévoir qu’ils changent d’avocat si la situation l’exige.

Choisir l’avocat : la méthode

  1. Décision de principe à l’AG : faut-il agir, contre qui, pour obtenir quoi ?
  2. Consultation de deux ou trois cabinets, sur la base d’une note factuelle préparée par le syndic et le conseil.
  3. Comparaison sur des critères connus à l’avance.
  4. Désignation par l’AG, avec un budget par phase et un mandat clair (étendue, interlocuteur, reporting).
  5. Suivi par le conseil de copropriété ; information de l’AG à chaque assemblée.
Critère Ce qu’on demande
Compétence Expérience en copropriété, construction ou responsabilité, selon le litige
Stratégie Analyse préliminaire : chances, risques, alternatives (négociation, médiation, expertise)
Coût Convention d’honoraires écrite : taux horaire ou forfait, frais, estimation par phase, éventuel honoraire de résultat
Indépendance Déclaration écrite : liens avec le syndic, un ancien syndic, la partie adverse
Organisation Avocat qui suivra effectivement le dossier, délais de réponse, comptes rendus
📄 Demande d'offre à un cabinet d'avocats
Objet : Association des copropriétaires [nom] — demande d'offre pour [objet du litige]

Maître,

L'assemblée générale du [date] a décidé de consulter plusieurs cabinets en vue de défendre les intérêts de l'association dans le dossier suivant : [résumé factuel, parties, enjeu estimé].

Nous vous remercions de nous faire parvenir, avant le [date] :
1. votre expérience dans ce type de dossier ;
2. une première analyse et la stratégie que vous proposeriez ;
3. une proposition de convention d'honoraires (taux ou forfait, frais, estimation par phase) ;
4. l'identité de l'avocat qui suivra le dossier ;
5. une déclaration indiquant si vous intervenez ou êtes intervenu pour [le syndic], [l'ancien syndic] ou [la partie adverse], ou pour des sociétés qui leur sont liées.

Les offres seront jointes à la convocation de l'assemblée générale qui procédera à la désignation.

[Syndic / président du conseil de copropriété]

Quels recours en cas de désignation irrégulière ?

  • En AG : refuser de ratifier ; exiger une mise en concurrence ; adopter une règle permanente dans le ROI (« toute désignation d’un avocat pour l’ACP fait l’objet d’au moins deux offres écrites et d’une décision d’AG, sauf mesure urgente ou conservatoire à ratifier dans les trois mois »).
  • Devant le juge : dans une procédure dirigée contre vous par l’ACP, contester le pouvoir d’agir au nom de l’ACP dès le début, avant toute défense au fond.
  • Sur le plan disciplinaire : plainte au bâtonnier contre l’avocat en conflit d’intérêts ; plainte à l’IPI contre le syndic professionnel qui s’est arrogé une compétence de l’AG.
  • Sur le plan financier : demander que les frais engagés sans décision soient mis à charge du syndic ; à défaut, faire valoir ce grief lors de la décharge.

Le point de vue de Copropriété Belgique

Les règles existent et sont claires. Elles sont pourtant trop peu appliquées : désignations sans décision, avocats en situation de dépendance, pouvoir d’agir rarement vérifié, plaintes disciplinaires longues et peu suivies d’effets.

La réponse ne viendra pas seulement des institutions. Elle tient d’abord à des pratiques simples : mise en concurrence, décision d’AG, déclaration d’indépendance de l’avocat et suivi des honoraires par le conseil. Une copropriété qui choisit elle-même son avocat est mieux défendue, et souvent à moindre coût.

Questions fréquentes

Le syndic peut-il désigner « l'avocat habituel » de son bureau ?

Il peut le proposer, comme n’importe quel candidat. La désignation appartient à l’AG, qui doit pouvoir comparer avec d’autres offres. Un avocat que le syndic désigne systématiquement dans toutes ses copropriétés pose une question d’indépendance qu’il faut traiter ouvertement.

Que faire si une procédure a été lancée sans décision d'AG ?

Inscrire à l’AG suivante un point « ratification ou non de la procédure et du choix de l’avocat ». L’AG peut ratifier, refuser ou changer d’avocat. Dans une procédure contre vous, l’absence de pouvoir régulier peut être soulevée d’emblée devant le juge.

Peut-on prendre le même avocat que l'ACP pour un dommage dans son appartement ?

C’est tentant pour réduire les frais, mais risqué : si les responsables deviennent insolvables, votre recours naturel est contre l’ACP, gardienne des parties communes, et l’avocat commun ne pourra pas agir contre elle. Faites-vous expliquer les limites de ce mandat par écrit.

Mon assurance protection juridique peut-elle couvrir mon litige avec l'ACP ?

Souvent oui pour vos litiges personnels de copropriété, avec libre choix de l’avocat. Vérifiez les plafonds, les seuils d’intervention et les exclusions. L’ACP peut aussi avoir sa propre protection juridique dans sa police immeuble.

Comment se plaindre d'un avocat en conflit d'intérêts ?

Auprès du bâtonnier de l’Ordre dont il dépend, par écrit, avec les faits et pièces. Si le syndic est professionnel et a imposé l’avocat sans décision d’AG, une plainte à l’IPI est également possible.

Références

  1. Code civil, Livre 3, art. 3.87 (AG extraordinaire en cas d'urgence), 3.89 (le syndic représente l'ACP en justice), 3.92 (actions en justice, demandes urgentes ou conservatoires et ratification)
  2. C. Mostin, Le syndic de copropriété, Wolters Kluwer, 2020 : nécessité d’une décision d’AG pour agir en justice, ratification avant la clôture des débats
  3. M. Wahl, Le droit de la copropriété, Wolters Kluwer, 2019, p. 72 : obligation de convoquer l’AG lorsqu’une décision urgente s’impose
  4. P. Willems (SNPC), « Le choix de l'avocat revient aux copropriétés et à elles seules ! », Le CRI, n° 464, mai 2022
  5. P. Rousseaux (SNP Charleroi), « L’avocat, à la fois conseil d’une association des copropriétaires et de copropriétaires » ; « Les votes en assemblée générale, une obligation avant d’agir en justice »
  6. Civ. Hainaut (div. Mons), 15 juin 2017 : la décision d’agir contre un ancien syndic relève de l’AG, non du syndic
  7. Cass., 5 mars 2015 : l’ACP reste gardienne des parties communes même lorsqu’elles sont à usage privatif
  8. Cass., 5 octobre 2000, Pas., I, p. 1484 : exigence d’un pouvoir régulier pour agir au nom d’une personne morale (cité par la doctrine)
  9. Règles déontologiques des Ordres des barreaux (avocats.be, OVB) relatives aux conflits d'intérêts et à l'indépendance

Ce dossier présente le droit belge de la copropriété (Code civil, Livre 3, art. 3.78 à 3.100) de manière pédagogique. Les décisions de justice citées illustrent des tendances et ne préjugent pas de l'issue d'un litige précis. Pour votre situation, consultez un professionnel.